Le scandale Lafarge laMalle

De quoi s’agit-il exactement ?

Un arrêté préfectoral a autorisé en 2018 l’usine Lafarge de Bouc Bel Air à dépasser des valeurs limites d’émission de gaz et de poussières fixées par l’Europe.

Un courrier de la DREAL pointe des écarts particulièrement graves à la réglementation et l’absence de contrôle de la pollution.



Rejet de poussières, fumées abondantes et opaques, émissions de dioxyde de soufre, plomb, benzène, ammoniac, acide cyanhydrique, chrome etc…, l’usine Lafarge de Bouc Bel Air incinère opportunément dans le cadre de sa production de ciment des déchets de diverses natures, y compris dangereux, et dégage dans l’atmosphère des substances dont la toxicité interroge légitimement. 
Certains déchets admis sur le site imposent des contrôles de radioactivité…

L’arrêté préfectoral du 15 mai 2018 a autorisé l’usine Lafarge de Bouc Bel Air à dépasser des valeurs limites d’émission de gaz et de poussières fixées par l’Europe (lien vers arrêté).

A compter du 1er janvier 2020, cet arrêté permet à chaque four de fonctionner sans interruption sur la quasi-totalité de l’année (le temps de marche des fours 1 et 2 cumulés est d’au plus 16 600 heures / an, soit le nombre d’heures que compte une année). 

L’absence de fumée visible à la sortie des deux cheminées n’indique pas nécessairement que les fours sont à l’arrêt et qu’aucune substance ne se dégage.

Des zones résidentielles et commerciales, Décathlon village, la maison de retraite, le collège et les écoles sont directement exposés.

Vue derrière le Décathlon Bouc-bel-Air

Si la multiplication des échanges et publications ces dernières semaines sur les réseaux sociaux témoigne du niveau de préoccupations et de l’ampleur des questionnements portant sur l’impact de l’activité de l’usine sur l’environnement et la santé, notamment celle des plus vulnérables, le quotidien d’une partie des habitants est devenu un véritable enfer et les craintes exprimées depuis plusieurs mois par certains habitants sont désormais largement partagées bien au-delà des limites de la commune.

Récemment, les représentants d’associations de parents d’élèves et la direction du collège situé à quelque kilomètres du site d’incinération ont adressé un courrier conjoint au directeur de l’usine pour l’informer que de fortes odeurs de soufre étaient ressenties par les élèves et le personnel travaillant au sein de l’établissement et pour lui signifier leur inquiétude sur l’éventuel risque pour la santé des enfants et du personnel fréquentant l’établissement

Un habitant de Bouc Bel Air inquiet faisait par ailleurs remarquer que près de 20% des résidents de la commune avaient moins de 14 ans (Cf. chiffres INSEE)

Faute de réponses, un nouveau courrier fut envoyé par les associations de parents d’élèves, à lice ici

Saisie d’une plainte environnementale le Préfet diligente une enquête… mais les conclusions se font attendre… La ministre de la transition écologique et solidaire informée de la situation.

D’autres résidents interpellés par des nuisances de forte intensité n’ont pas tardé à saisir le Préfet d’une plainte environnementale (lien vers plainte environnementale) à l’appui de laquelle le Préfet a décidé d’engager une enquête administrative (lien vers courrier Préfet)

Informée de la situation, la ministre transmet la correspondance au cabinet du Préfet en soulignant le sens de la démarche. L’affaire est également relayée par le cabinet de la ministre auprès du directeur général de la prévention des risques (lien vers courrier ministre)

Près de six mois après son ouverture, aucune information n’a été communiquée ou rendue publique et les signataires de la plainte sont surpris ne pas avoir été entendu alors qu’ils avaient signifié au Préfet disposer d’« éléments factuels [pouvant] être utiles à la détermination de l’origine des nuisances et à la recherche de solutions appropriées ».

Ces riverains regrettent par ailleurs que la démarche constructive de dialogue engagée avec l’industriel avec l’appui de la municipalité de Bouc Bel Air n’ait pas produit d’effet positif. Ces personnes ont le sentiment que les représentants de Lafarge et de l’Etat ne se préoccupent pas des nuisances générées et de leur potentiel impact sur les plus vulnérables.

L’usine Lafarge-La Malle épinglée par la DREAL

En 2018, la cimenterie a obtenu une dérogation préfectorale permettant le dépassement des Valeur limites d’émissions imposées par les normes européennes en vigueur.

Pourtant, plusieurs dysfonctionnements sont constatés à l’époque comme l’atteste ce document (lien vers le courrier de la DREAL)

Extraits ci-dessous

Malgré tout, l’Etat demande à l’industriel des contreparties et notamment, le contrôle de la radioactivité des déchets admis sur le site pour être incinérés

Extrait

En 2019, un contrôle de la Direction régionale de l’environnement, la DREAL (dont le courrier adressé à Lafarge est disponible ici) a pointé plusieurs manquements de la cimenterie Lafarge Aix Marseille.

Ecart 1 « L’exploitant a remis ses déchets d’Equipements Electriques et Electroniques à un prestataire ne disposant pas d’un contrat avec un éco-organisme »

Ecart 2 « L’Exploitant ne fait pas réaliser des mesures sur l’impact de ses activités sur l’air ambiant (surveillance de la qualité de l’air) »

Ecart 3 « Le contrôle de la radioactivité sur les laitiers et pneumatiques entrants (déchets) n’est pas réalisé.

Malgré ces écarts très inquiétants, l’arrêté préfectoral n’a jamais été abrogé par l’Etat

Interrogation sur les raisons invoquées par Lafarge pour se substituer aux normes européennes en vigueur

En 2018, la cimenterie a obtenu une dérogation préfectorale permettant le dépassement des Valeur limites d’émissions imposées par les normes européennes en vigueur en s’appuyant notamment sur deux arguments :

« 1-Les émissions de la cimenterie ne contribuent que faiblement à la qualité de l’air locale »

« 2- Le coût économique d’application de ces nouvelles règles est prohibitif »

Le premier argument environnemental est difficilement évaluable étant donné que« L’Exploitant ne fait pas réaliser des mesures sur l’impact de ses activités sur l’air ambiant (surveillance de la qualité de l’air) »

Le second argument est économique. Il laisse songeur au regard des résultats économiques de l’industriel…

 « Le cimentier a réalisé un bénéfice en très forte hausse au premier semestre 2019 (+110%), à 705 millions d’euros. » Confirmant la tendance de 2018, avec ses 1,3 Milliards d’Euros engrangés. Le Moniteur
« Notre dynamique s’est accélérée au second semestre 2018 au cours duquel nous avons dépassé nos objectifs de chiffre d’affaires tout en augmentant notre rentabilité de manière surproportionnelle » Capital.

L’examen de passage des candidats aux municipales

L’association Bouc Bel Air environnement a saisi les candidats aux municipales de 7 villes potentiellement impactés par les nuisances de Lafarge et Altéo (Bouc Bel Air, Cabriès-Calas, Gardanne, Septèmes, Simiane, Marseille et Aix en Provence). Dans un courrier daté de février 2020, l’association leur a demandé de prendre notamment l’engagement suivant en cas d’élection :

« Si je suis élu(e), je m’engage à écrire au Préfet et à M. Emmanuel Macron, et entreprendre toute action utile, afin que soient prises les mesures nécessaires pour que, d’une part, soient respectées les normes environnementales européennes (*) concernant Lafarge et que, d’autre part, soit mis en place un contrôle continu du taux de radioactivité des déchets de production avant brulage ainsi que de la qualité de l’air à la sortie des cheminées de l’usine. « 

Protégez votre famille et vos enfants !

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